Les figures de style au quotidien

Quand une personne souhaite prendre la parole ou s’exprimer à l’écrit, elle agence les mots choisis de manière à faire passer un message. Cet agencement conduit souvent à faire usage d’une figure de style. Ainsi, chaque jour, sans le savoir, des figures de styles sont utilisées. Certaines sont bien connues, comme la comparaison, ou l’hyperbole mais d’autres, pourtant bien présentes, le sont moins, comme la métalepse ou l’énallage.

La figure de style est un procédé rhétorique (mot un peu savant pour désigner l’art du discours) qui a des buts imagés, amplificateurs, diminutifs, etc. Pour beaucoup, ce sont surtout des procédés qui diffèrent de l’usage “ordinaire” du langage afin de rendre ce qui est écrit ou dit plus “beau”. Au-delà du problème de définition de l’usage “ordinaire” de la langue, nombre de figures de styles font partie de notre quotidien, sans que nous nous en rendions compte. 

Dans un hôpital, un médecin peut dire “Je suis désolé, nous n’avons rien pu faire, il était trop tard” pour annoncer la mort de quelqu’un, bien que les mots ne soient jamais prononcés. Dans ce cas, c’est la métalepse qui est utilisée, une figure de style s’apparentant à la métonymie. Elle se différencie de la métonymie par un lien de cause-conséquence entre les mots échangés. Cette phrase est donc créée à partir d’une figure de style, mais reste ordinaire. Elle n’est pas non plus particulièrement “belle”. L’euphémisme, une autre figure de style, est utilisé dans cette phrase. L’euphémisme permet de ne pas choquer en adoucissant le propos. Il est beaucoup utilisé lors de sujets sensibles comme « le passage de vie à trépas ».

La métonymie et la synecdoque, cousines de la métalepse, sont aussi très courantes. La litote et l’hyperbole sont si courantes que leur nom s’insère dans certaines discussions. Le nom de la comparaison et de la métaphore a même traversé la barrière de la langue. L’épizeuxe, qui constitue en une répétition immédiate d’un groupe de mots, est moins connue mais tout aussi courante.

Le pléonasme est moqué par des personnes qui ne l’identifient pas comme une figure de style. Elles savent qu’il est impossible de voir autrement qu’avec ses yeux et que dans « je l’ai vu de mes yeux », « de mes yeux » est une précision inutile. Mais elles ne savent que cette précision est un pléonasme. Le pléonasme consiste à dire deux fois la même chose. Certains pléonasmes se remarquent très facilement, comme « monter en haut ». D’autres se remarquent moins car ils demandent de bien connaître la définition des mots employés, comme une « pandémie mondiale ». Une pandémie est une épidémie mondiale.

Par définition, certaines figures de style ne peuvent être « belles ». C’est le cas de l’énallage : une rupture syntaxique volontaire de la phrase. Dans le film La Guerre des boutons, le personnage du Petit Gibus effectue deux énallages dans la phrase « Si j’aurais su, j’aurais pas v’nu. ». La phrase peut être drôle, mais pas « belle ». L’énallage n’est pas une manière de parler familière. Le langage familier contient plus d’abréviations et de fautes d’orthographe involontaires que d’énallages. Certaines expressions font intervenir un énallage comme « chanter faux » ou « parler cru ». Dans ces expressions, « chanter » et « parler », deux verbes, sont associés non pas aux adverbes « faussement » et « crument », mais aux adjectifs « faux » et « cru ». La syntaxe est ainsi rompue.

Les figures de style sont couramment utilisées car elles permettent de faire passer un message plus facilement. Des énallages se sont glissés dans des expressions courantes parce que ces expressions servent de qualificatif péjoratif et qu’un énallage ressemble à une mauvaise utilisation de la langue. Le pléonasme est souvent utilisé car il permet d’indiquer quelle donnée, parmi toutes celles communiquées dans une seule phrase, est la plus importante. Le docteur utilise des métalepses et des euphémismes parce que la mort d’un patient s’annonce difficilement et qu’il faut avoir du tact. Tout le monde utilise chaque jour de nombreuses figures de style sans le savoir ni le vouloir, afin d’orienter le message qu’il veut faire passer. D’ailleurs, quelqu’un voulant parler sans utilisation des figures de style mettrait tant d’efforts dans la construction de chacune de ses phrases et parlerait d’une manière tellement spécifique qu’elle pourrait presque être considérée comme une nouvelle figure de style.