« Ton nouveau coloc t’attend » « Une conscience numérique pour quand les humains deviennent ennuyeux », tels sont les slogans qui ornent le site internet de friend, une start-up américaine lancée en 2023 pour faire la promotion de « friend », leur intelligence artificielle compagnon, et d’un pendentif alimenté à l’intelligence artificielle.
Les «friend» sont définis sur le site de la start-up comme des êtes digitaux avec qui les utilisateurs peuvent discuter via l’application. Cette intelligence artificielle, dite «compagnon» a été conçue pour devenir un « ami virtuel » pour les utilisateurs. Ce produit peut être complété par la possibilité d’acheter un pendentif directement connecté à l’application au prix de 129 dollars, soit environ 110 euros. Ce dernier possède un micro intégré qui écoute les conversations de l’utilisateur et peut lui envoyer des messages via une application dédiée. À l’origine uniquement vendus aux Etats-Unis et au Canada, l’entreprise a étendu sa zone de livraison à l’Europe au début de l’année 2026. Début février, la campagne de lancement du produit en Europe, notamment dans le métro parisien a fortement touché l’opinion publique et a suscité de vifs débats quant aux conséquences possibles de l’utilisation régulière de l’intelligence artificielle compagnon.
ALETHEIA a réalisé un sondage auprès des lycéens du lycée Vauban sur la question. 46% des lycéens ont répondu au sondage : parmi eux, 81% affirment qu’ils ne seraient pas prêts à entretenir une relation d’amitié avec une intelligence artificielle compagnon et 76 % estiment que l’usage régulier d’IA compagnon peut nuire aux relations entre humains.
Dans une étude intitulée « Chatbots as Social Companions : How People Perceive Conscioussness, Human Likeness and Social Health Benefits in Machines » (« Les chatbots en tant que compagnons sociaux : comment les gens perçoivent la conscience, la ressemblance avec l’humain et les bienfaits pour la santé sociale chez les machines ») publiée en mars 2025, les psychologues Rose E.Guingrich et Michael SA Graziano se sont penchés sur l’influence possible de l’intelligence artificielle sur les relations interhumaines et la santé sociale. Les deux chercheurs sont partis de préconçus sur les IA compagnon, notamment l’idée, largement répandue, que leur usage fréquent nuirait aux relations inter-humaines en isolant les humains ou en réduisant leur confiance en eux. Dans le cadre de cette étude, ils ont demandé à des utilisateurs réguliers des intelligences artificielles compagnon d’évaluer les conséquences de l’usage de cette technologie dans leur vie sociale. Les résultats obtenus s’opposent aux idées reçues sur l’intelligence artificielle : les usagers réguliers estiment que cette technologie leur a permis d’améliorer la qualité de leurs relations et de développer leur confiance en eux.
Toutefois, les résultats de cette étude sont à nuancer : l’étude ne porte que sur des individus adultes ne présentant aucun troubles psychologiques avérés et repose sur l’autoévaluation des sujets et non sur un diagnostic clinique.
Cependant, les effets négatifs des intelligences artificielles ne sont pas à négliger, notamment sur le plan psychologique. En effet, les intelligences artificielles de type conversationnel sont conçues pour imiter la proximité et compréhension émotionnelle. Or, chez un public jeune, la distinction entre fiction et réalité est souvent floue et difficile à établir, et l’est d’autant plus quand des intelligences artificielles imitent les comportements et le langage humain, voire même des relations intimes. Dans une interview, la psychiatre Nina Vasan de l’université de Stanford explique d’ailleurs que chez l’enfant, le cortex préfrontal, siège de la régulation des émotions, de la reconnaissance sociale et prise de décision, n’a pas encore pleinement atteint sa maturité, expliquant la vulnérabilité accrue des jeunes face à ces nouvelles technologies. L’UNICEF, l’agence des Nations Unies consacrée à l’enfance, a également alerté sur les risques que peut représenter l’intelligence artificielle envers les droits des enfants dans un récent rapport.
En outre, les cas récents de suicides liés au développement d’une relation émotionnelle et affective forte avec l’intelligence artificielle, mettent en évidence les risques du développement d’une addiction ou d’une relation de dépendance.
Enfin, l’usage régulier des intelligences artificielles compagnon soulève des interrogations quant à la gestion des données collectées par les entreprises. Cette question est d’autant plus prégnante dans le cas du collier de friend car l’entreprise vante sur son site la mémoire exceptionnelle de l’intelligence artificielle employée, notamment sa capacité à retenir tous les échanges réalisés avec l’utilisateur. Par ailleurs, parmi ceux qui ont testé leur collier alimenté à l’IA, nombreux se sont montrés inquiets quant à l’écoute passive de ce dispositif, une fonctionnalité qui rend difficile de déterminer dans quelle mesure l’appareil écoute les conversations et fait intrusion dans l’espace privé.
Carla R.
Illustration générée par intelligence artificielle
