
ALETHEIA : ¿Por qué eligió una narración fragmentada, a veces incluso difícil de comprender? ¿Esta forma de narrar refleja la dificultad de descubrir la verdad histórica?
Angel de la Calle: Yo no soy historiador, soy novelista gráfico. No quería hacer un libro de historia, quería contar desde la autoficción unas historias que sucedieron en un concreto momento histórico. Contar nuestra época requiere una estructura diferente — un poco como decía Godard. Mi principal interés era crear una estructura que no fuera tradicional: la novela moderna contemporánea es una caja donde vas metiendo historias. Esta está contada en cuatro formas narrativas: primera persona, segunda persona, tercera persona y epistolar. El lector siempre sabe cosas que los personajes no saben — estoy jugando siempre con eso.
Me interesaba hablar del exilio, de la añoranza — esa palabra que más se repetía — recordar un país al que querían volver y que, cuando volvieron, ya no era el suyo. Y quería hablar de la tortura de verdad: es un tema de estado, siempre un arma de guerra, y todo el mundo mira para otro lado. Una novela gráfica que en el futuro no pueda hacerte sentir cómo era la sociedad en su momento no va a tener futuro. Quería contar ese momento trayéndolo siempre al presente, porque la tortura sigue existiendo y las dictaduras vuelven. Este libro es tan actual ahora como cuando salió hace diez años.
ALETHEIA : Su dibujo, de trazo nervioso y cercano al boceto, ¿traduce la inquietud en torno a estas prácticas o incluso el trauma de los supervivientes?
Angel de la Calle: Está hecho en blanco y negro porque a mí me gusta el blanco y negro, pero sobre todo porque el color trataría de endulzar la situación — te lo creerías menos. Quería que fuese real, sin echarle azúcar, sin que fuera macabro pero sí duro. Mi trazo es nervioso porque vengo del cómic underground, mi ídolo narrativo es Hugo Pratt y mis referencias de dibujo son Robert Crumb y esa gente. Pensaba que así tendría más impacto y que el dibujo transmitiría esa dureza que tiene la historia.
ALETHEIA : Como estudiante poco informado sobre América del Sur, ¿por qué no decidió aportar más información histórica?
Angel de la Calle: Yo no soy historiador, soy novelista gráfico, y no quería hacer un libro de historia sino contar desde la autoficción unas historias que sucedieron en un concreto momento histórico. Una novela gráfica tiene que hacerte sentir, intentar entender cómo era la sociedad en su momento — como Flaubert con Madame Bovary o la Educación Sentimental, que te cuentan cómo era su tiempo sin ser un manual.
El arte contemporáneo expone el cuerpo — no es algo que puedas llevarte y colgarlo en una pared, son momentos de los que quedan huellas: una fotografía, un vídeo, una performance. Para mí la mayor obra de arte contemporánea del siglo XX son las Madres de Plaza de Mayo — mujeres con un pañuelo blanco sosteniendo la foto de un hijo, un novio, un padre desaparecido que te mira. Ellas exponen el cuerpo, y muchas acabaron desaparecidas en el mismo sitio donde habían desaparecido sus hijos. De eso solo queda esa foto, 20 segundos en un informativo. Pero eso es el mayor arte.
Cuando quieras saber qué es arte, piensa: ¿qué vino y se llevó la policía? Eso es el arte. Todo lo demás era decoración. Porque la estética sin ética no es arte — el arte siempre es subversivo, siempre cuestiona.
Traduction française :
ALETHEIA : Pourquoi avez-vous choisi une narration fragmentée, parfois même difficile à comprendre ? Cette façon de raconter reflète-t-elle la difficulté de découvrir la vérité historique ?
Angel de la Calle : Je ne suis pas historien, je suis romancier graphique. Je ne voulais pas faire un livre d’histoire, je voulais raconter à travers l’autofiction des histoires qui se sont produites à un moment historique précis. Raconter notre époque requiert une structure différente — un peu comme le disait Godard. Mon principal intérêt était de créer une structure qui ne soit pas traditionnelle : le roman moderne contemporain est une boîte dans laquelle on glisse des histoires. Celui-ci est raconté en quatre formes narratives : à la première personne, à la deuxième personne, à la troisième personne et sous forme épistolaire. Le lecteur sait toujours des choses que les personnages ne savent pas — je joue toujours avec ça.
Je voulais parler de l’exil, de la nostalgie — ce mot qui revenait le plus souvent — se souvenir d’un pays où ils voulaient retourner et qui, quand ils y sont retournés, n’était plus le leur. Et je voulais vraiment parler de la torture : c’est une affaire d’État, toujours une arme de guerre mais tout le monde regarde ailleurs. Un roman graphique qui ne peut pas te faire ressentir comment était la société à une époque donnée n’a pas d’avenir. Je voulais raconter ces faits en les ramenant toujours au présent, parce que la torture existe encore et les dictatures reviennent. Ce livre est aussi actuel aujourd’hui qu’à sa sortie, il y a dix ans.
ALETHEIA : Votre dessin, au trait nerveux et proche de l’esquisse, traduit-il l’inquiétude autour de ces pratiques ou même le traumatisme des survivants ?
Angel de la Calle : Il est fait en noir et blanc parce que j’aime le noir et blanc, mais surtout parce que la couleur essaierait d’adoucir la situation — on y croirait moins. Je voulais que ce soit réel, sans enjoliver, sans que ce soit macabre mais que ce soit dur. Mon trait est nerveux parce que je viens du comics underground, mon idole narrative est Hugo Pratt et mes références en dessin sont des gens comme Robert Crumb. Je pensais que ça aurait plus d’impact et que le dessin transmettrait cette dureté qu’à l’histoire.
ALETHEIA : En tant qu’étudiant peu informé sur l’Amérique du Sud, pourquoi n’avez-vous pas décidé d’apporter plus d’informations historiques ?
Angel de la Calle : Un roman graphique doit te faire ressentir, essayer de comprendre comment était la société à son époque — comme Flaubert avec Madame Bovary ou l’Éducation sentimentale, qui te racontent comment était leur temps sans être un manuel scolaire.
L’art contemporain expose le corps — ce n’est pas quelque chose que tu peux emporter et accrocher à un mur, ce sont des moments dont il reste des traces : une photographie, une vidéo, une performance. Pour moi la plus grande œuvre d’art contemporaine du XXe siècle ce sont les Mères de la Place de Mai — des femmes avec un foulard blanc tenant la photo d’un fils, d’un fiancé, d’un père disparu qui te regarde. Elles exposent leur corps, et beaucoup ont fini disparues au même endroit où leurs fils avaient disparu. De tout ça il ne reste que cette photo, 20 secondes dans un journal télévisé. Mais c’est ça le plus grand art.
Quand tu veux savoir ce qu’est l’art, pense : qu’est-ce qui est venu et que la police a emporté ? Ça, c’est l’art. Tout le reste, c’était de la décoration. Parce que l’esthétique sans éthique n’est pas de l’art — l’art est toujours subversif, il questionne toujours
Source Photo : Cillian M.
