Derrière les barreaux : la crise

Bien qu’il ne soit pas prioritaire, le sujet de l’état des prisons en France, la surpopulation et les comportements violents qui en résultent, interroge les journalistes et les psychologues.

Prison 15H, France : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Prison_15H,_France_%2816142115442%29.jpg

Le podcast Arte “La prison c’est pas l’hôtel” publié par Daphné Turpin le 13 avril 2023 expose à la fois les conditions de vie des prisonniers et de leur état mental à travers le témoignage de Claire, une psychologue. Confirmant l’état lamentable des centres d’incarcération, elle expose la surpopulation croissante des cellules, qui peut atteindre 4 prisonniers pour 10 m² et d’où une seule sortie est autorisée pour le temps d’une courte balade ou pour accéder au parloir. Les lits ne sont souvent que des matelas posés au sol, parfois sans couverture mais avec une concentration très importante des cafards et de punaises de lit. Claire raconte l’histoire d’un prisonnier, qui pratiquait durant son incarcération des chasses aux cafards, en tuant jusqu’à 150 en une nuit. L’accès a de bonnes conditions d’hygiène et a des traitements médicaux est également très compliqué, ce qui est d’autant plus inquiétant que beaucoup d’individus incarcérés ont des problèmes psychologiques. « Je me retrouve à négocier une tentative de suicide », après que des détenus n’aient pas reçu leurs traitements médicaux, les poussant parfois au pire.

France 3 Occitanie relate dans l’article du 6 octobre 2025 « Violente agression en prison : un détenu poignardé en pleine promenade, le pronostic vital de la victime est engagé » un incident révélateur de la violence notamment due à la surpopulation des centres pénitenciers. Le 5 octobre 2025, à la maison d’arrêt de Perpignan, plusieurs détenus s’en sont pris à un homme de 25 ans dans la cour, le poignardant quatre fois, le blessant gravement et engageant ainsi son pronostic vital. Pour trouver l’arme du crime, des fouilles ont eu lieu « une lame de couteau en céramique, soigneusement dissimulée dans une chaussette » révélant une faille dans le système de sécurité. La maison d’arrêt de Perpignan, accueillant 340 détenus pour 132 places fonctionnelles a un taux d’occupation de 257%, un chiffre qui témoigne de conditions inhumaines et poussant les prisonniers à la violence. Ce type d’événement est malheureusement de plus en plus fréquent et est le résultat de beaucoup de facteurs différents tels que l’état des prisons ou encore la surpopulation croissante.

Le Monde relaie l’alerte des surveillants et directeurs de prison sur la situation explosive des prisons françaises dans un article intitulé «Surpopulation carcérale : au 1er mai, les prisons françaises abritaient 88 654 détenus, un nombre inédit» du 30 mai 2026. Avec un taux de surpopulation global de 140 % et une densité atteignant 172,6 % dans les maisons d’arrêt, la situation est jugée critique. Comme preuve de cette dégradation, le nombre de matelas posés sur le sol a augmenté de 47 % en un an, atteignant 7 693. Le Conseil de l’Europe a d’ailleurs alerté sur le risque d’une évolution vers un « entrepôt humain ». La situation semble se dégrader d’année en année, malgré les alertes des professionnels. La surpopulation continue d’augmenter, entraînant des conditions de détention portant atteinte à la dignité humaine ainsi qu’une montée des violences. Face à cette crise, un projet de loi est en préparation, notamment pour interdire l’usage de matelas à même le sol mais aucun calendrier n’a encore été annoncé.