
Le film de Chloé Zhao, sorti début 2026, est adapté du roman du même titre par Maggie O’Farrell paru en 2020. L’histoire fictive explore la vie de Hamnet Shakespeare, fils de William Shakespeare, fameux dramaturge et poète anglais.
Synopsis (avec spoilers) : Nous sommes en Angleterre en 1580. William Shakespeare, professeur de latin, rencontre Agnes Hathaway, jeune femme à l’esprit libre. Les deux tombent amoureux, malgré le rejet de la famille de William qui perçoit Agnès comme une sorcière. Ils vivent une histoire amoureuse passionnelle avant de se marier et d’avoir trois enfants: d’abord Susanna, puis les jumeaux Judith et Hamnet. Shakespeare – essayant de débuter une carrière de grand écrivain et étant souvent à Londres – laisse Agnes et les enfants à la campagne anglaise. La jeune famille s’épanouit, mais Judith attrape la peste et tombe gravement malade. Son frère veut « jouer un tour à la mort » et prendre la place de sa sœur, et c’est lui qui mourra, une tragédie qui heurtera profondément les Shakespeare, et qui inspirera la pièce « Hamlet », grand chef d’œuvre de la littérature anglaise.
Au premier abord, « Hamnet » peut paraître comme une histoire de famille un peu ordinaire, marquée par une mort douloureuse. En vérité, derrière cette facette simple du film de Chloé Zhao se cachent éloges, critiques et le désir de ressentir ce qui se cache au plus profond de nous.
Le personnage d’Agnes, interprété par l’actrice irlandaise Jessie Buckley, a tout d’une fervente écologiste au sein d’une société qui considère l’herbologie et la botanique comme de la sorcellerie. Elle se bat contre les conventions sociales soutenues à l’époque moderne, bien qu’elle reste figée dans ce rôle traditionnel de la mère au foyer. Buckley – qui a fait son début dans l’industrie avec le film Beast (2017) – a été nommée meilleure actrice aux Oscars (2026), et elle a reçu également le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique et le Critic’s Choice Award de la meilleure actrice. Autrement dit, elle a eu un début d’année très chargé mais plus que mérité pour sa performance dans « Hamnet ».
Son jeu d’acteur – très émouvant et captivant mais sans pour autant gêner le spectateur – a montré d’un côté la misère de la condition humaine, soumise au chagrin, à la déception et au malheur d’être, notamment en tant que femme au 16ème siècle, alors qu’elles n’étaient « pas dignes » de valoir ce que valait un homme. De l’autre côté, Hamnet a magnifiquement illustré ce qu’est l’amour, surtout l’amour maternel, et ce qu’il peut nous faire. Agnès porte l’amour pour ses enfants si profondément qu’elle profite de chaque goutte de bonheur qu’ils vivent, mais elle sera aussi traversée entièrement par le chagrin qu’amène la perte de son enfant.
Buckley a fait preuve d’une telle émotion et d’une telle expressivité, que le spectateur était amené au larmes, même plusieurs fois – ce que certains pourront critiquer en tant que tireur de larmes, mais qui amplifie aussi l’implication du spectateur dans l’histoire. Dans un passage où elle donne naissance, elle appelle désespérément sa mère, pourtant défunte depuis qu’Agnes est très jeune, (« I want my mum ») et les sentiments qui traversent le spectateur à cet instant sont tellement intenses qu’ils nous plongent dans une réflexion profonde sur les relations qu’on entretient avec les autres.
Ce film nous apprend avant tout à entretenir nos liens et à ne jamais prendre ce qu’on a pour acquis. Les personnes qui nous sont chères peuvent disparaître en un clin d’œil, sans qu’aucun ne le veuille, et ce chagrin-là peut nous accompagner toute notre vie. Il faudrait donc savourer les petites choses, absorber plus complètement un rire anodin, contempler un peu plus longtemps un petit sourire, se laisser un peu plus longtemps sentir l’odeur d’une belle journée d’été passée ensemble. Car ce qui rend la vie précieuse n’est pas ce qu’on possède, mais ceux avec qui on la vit.
