Nora Lakheal, ex-membre des Renseignements Généraux et spécialiste dans l’antiterrorisme djihadiste, intervient souvent dans des instituts de recherche sur la radicalisation islamiste et sensibilise les jeunes élèves sur cette thématique. Le mercredi 8 octobre 2026, Aletheia a pu la rencontrer à l’occasion d’une conférence sur sa carrière dans la police.

ALETHEIA : Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce métier ?
Nora Lakheal : Je voulais être utile au monde donc je me suis dit que je voulais être professeure de philosophie. Cependant, parallèlement à mes études, j’ai fait des cours de boxe française au cours desquels j’ai découvert que mes professeurs étaient policiers. À force de me raconter ce qu’ils faisaient, ça m’a donné envie. Je me suis donc dit que je voulais vraiment sauver des gens, sauver des vies. C’est pour cela que je suis rentrée dans la police française.
ALETHEIA : Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire une autobiographie et à qui est-elle adressée ?
Nora Lakheal : J’ai écrit mon autobiographie suite à un clash avec une de mes cheffes à l’époque, qui considérait que je prenais trop de lumière par rapport à d’autres collègues qu’elle préférait. Elle m’a donc dit que dorénavant, je ne participerais plus à de grandes réunions de ce service et qu’il fallait que j’apprenne à rester à ma place. Cette phrase-là m’a profondément touchée parce que je me suis dit que si à moi, après 20 ans de carrière, on me parlait encore comme ça, qu’est-ce que ça devait être quand des jeunes venaient toquer à notre porte et commençaient juste leur carrière ? J’ai trouvé que c’était du mépris. Alors, je me suis dit que j’allais écrire un livre dans lequel j’allais raconter mon parcours et essayer d’inspirer quelques jeunes pour leur faire savoir qu’en fait, dès qu’on vous dit de rester à votre place, ça veut dire que vous valez plus que ce qu’on pense de vous et qu’il faut y aller à fond, évoluer et avoir de l’ambition parce que c’est très important de croire en soi et d’avoir cette ambition là.
ALETHEIA : Comment ce métier vous a-t-il impacté dans la vie quotidienne, en tant que femme et dans votre rôle de mère ?
Nora Lakheal : En tant que femme, j’ai mis beaucoup plus de temps à construire une vie privée, à me mettre en couple et à avoir des enfants. Je suis rentrée dans la police à 24 ans et jusqu’à 34 ans, je n’ai fait que ça, donner ma vie, mon temps pour résoudre des affaires. A 34 ans, je me suis dit qu’il ne fallait pas que je passe à côté de ma vie de femme et je me suis posée la question de savoir si je voulais des enfants et si je voulais fonder une famille. La réponse était oui et à cette époque, j’avais un compagnon. J’ai décidé de m’engager, de me marier et grâce à cette décision, maintenant, j’ai deux beaux enfants. Je me suis rendue compte qu’il ne faut pas tout sacrifier pour sa carrière quand on a envie vraiment d’avoir des enfants. Il y en a qui n’ont pas envie d’en avoir et donc la question ne se pose pas, mais moi, je voulais vraiment en avoir et donc, j’ai choisi des services un peu plus calmes pour les élever comme il se doit.
ALETHEIA: Nous vous remercions de nous avoir accordé cette interview.
