Lors d’une intervention tenue le 19 Janvier sur le thème de l’adaptation des armées aux contexte géopolitique, Aléthéia a eu l’opportunité de rencontrer le général Arnaud Bourguignon.
ALETHEIA : Dans l’éventualité d’un conflit où la Russie déciderait de s’attaquer à un pays de l’Union Européenne et que les États-Unis ne protègeraient plus l’Europe, est-ce que vous pensez que « l’armée européenne » serait en mesure de se défendre et de gagner un conflit face à la Russie ? Est-ce que cela impliquerait des circonscriptions de jeunes Européens ?
Général Arnaud Bourguignon : Il faut faire attention à ce qu’on évoque quand on parle d’armée européenne. Il n’y a pas d’armée européenne. Il y a des armées appartenant aux différents pays européens et qui ont besoin de travailler ensemble en coalition, comme on le dit chez nous, pour protéger l’Europe. C’est un peu l’initiative qui est prise par la France et le Royaume-Uni de créer la coalition des partenaires qui doit travailler à garantir la paix en Ukraine en cas d’accord entre les différentes parties. Mais dans l’éventualité d’un choc majeur avec la Russie à l’horizon 3-4 ans, comme l’a évoqué le chef d’état-major des armées, il est clair que avec ou sans soutien américain, la défense de l’Europe est quand même une affaire qui concerne les Européens et pour laquelle les pays européens doivent absolument s’entendre et s’organiser afin d’assurer la défense du continent par leurs propres moyens. Et donc cela sera également sous forme de coalitions que les pays d’Europe devront s’associer militairement pour défendre le continent.
ALETHEIA : Est-ce que vous aurez des conseils à donner à la jeune génération européenne pour, d’une part, éviter un conflit si possibles et des conseils dans le cas où un conflit viendrait à se produire ?
Général Arnaud Bourguignon : Alors, des conseils, c’est un petit peu compliqué. Moi, je n’ai pas la prétention d’être capable de donner réellement des conseils à la jeunesse européenne. Tout ce que je peux dire, c’est que même quand on est militaire, on souhaite avant tout d’éviter les conflits. L’Europe vivait en paix depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il y a eu quelques accrochages en Europe centrale au début des années 90, mais globalement, le continent était en paix depuis la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, il est triste de voir que cette paix est à nouveau menacée, et même plus que menacée, puisque l’Ukraine est en guerre sur le continent européen. Donc c’est de faire tout ce qui est en pouvoir de la jeunesse aujourd’hui pour travailler à cette paix et au maintien de cette paix.
Je pense qu’il est important pour les jeunes aujourd’hui de s’engager. Quand je dis s’engager, ce n’est pas s’engager forcément militairement, mais c’est s’engager pour une cause qui tient à cœur. L’engagement est quelque chose de très important, et le fait de s’engager pour une cause développe réellement des qualités chez les jeunes qui ne peut apporter que du bon. Dans cet ordre d’idées, il est effectivement intéressant de réfléchir aujourd’hui à quelle peut être la place qu’on prendra demain si, effectivement, il faut défendre l’Europe. S’engager pour la défense de l’Europe, encore une fois, ne signifie pas un engagement militaire, mais peut signifier un engagement au sein de l’industrie de l’armement, par exemple, ou dans les services médicaux, les hôpitaux, pour travailler d’une manière générale pour les services de santé, mais aussi être capable d’accueillir les blessés si on doit accueillir les blessés en cas de choc majeur sur le continent européen. Effectivement, je pense que l’important pour les jeunes, c’est de réfléchir à la manière dont ils peuvent s’engager et à la place, qu’ils devraient occuper si, demain, il faut défendre le continent.
ALETHEIA : Et finalement, si vous aviez à vous adresser à la jeune génération, représentant l’armée en tant qu’employeur, comment est-ce que vous « vendriez » l’armée ? Qu’est-ce qui vous a motivé, vous, à rejoindre l’armée ? Quelles sont les possibilités de carrière en 2026 dans l’armée française pour des jeunes futurs étudiants qui vont arriver prochainement sur le marché du travail ?
Général Arnaud Bourguignon : Alors, ça fait beaucoup de sujets, tout ça, et il faudrait beaucoup de temps pour y répondre, mais les perspectives de carrière dans les armées, elles sont réelles.
Au départ, on peut s’engager quel que soit le bagage scolaire que l’on détient. Moi, je dis toujours aux jeunes de prendre le temps avant de s’engager, d’aller au maximum de leurs capacités scolaires et il y aura toujours une porte ouverte pour eux. Quoi qu’il en soit, après, en interne, les possibilités de progression sont réelles. On parle d’ascenseur social dans les armées. Il existe réellement. On peut s’engager en tant que simple soldat et devenir sous-officier, voire officier.
On peut s’engager pour plusieurs raisons. D’une part, par conviction, parce que depuis tout petit, on veut être militaire. Parce qu’on connaît le milieu, on a de la famille militaire, et ça, c’est ce que j’appelle l’engagement par conviction. On peut le faire aussi parce qu’on le souhaite, effectivement, s’engager pour une cause qui nous dépasse. Et ça, c’est le plus important. L’engagement militaire est un engagement très, très fort. Il faut accepter les contraintes de la vie militaire et, effectivement, de s’engager dans une cause qui va bien au-delà de notre cause personnelle. On s’engage pour défendre son pays, défendre les valeurs qui sont défendues par son pays, les intérêts du pays. Et ça, il faut être prêt à le faire, quelles que soient les conditions dans lesquelles on va le faire. Et ça implique beaucoup de sacrifices, beaucoup de sacrifices. Mais aujourd’hui, c’est aussi la réalité d’autres métiers. Et donc, effectivement, je pense que la clé, c’est de venir, effectivement, s’engager pour cette cause qui va bien au-delà. On a tendance de dire une cause supérieure. C’est pas grandiloquent de parler d’une cause supérieure, mais effectivement, défendre son pays en sachant qu’on peut y laisser sa vie ou on peut être amené à donner la mort. C’est une réflexion qu’il faut avoir dès le départ et se demander si on est prêt à ce type d’engagement.
Nous remercions très chaleureusement Madame Esnault de nous avoir donné l’opportunité d’effectuer cette rencontre.
Source image : Equipe ALETHEIA
