
Sabine Canova et Véronique Bonneau se sont rendues au Lycée Vauban à l’occasion des 100 ans du bleuet de France. Elles ont réalisé des interventions dans plusieurs classes pour les sensibiliser à cette cause et au devoirde mémoire. Elles représentent l’association du Bleuet de France. Depuis 1991, le Bleuet de France est rattaché à l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG), établissement public sous tutelle du ministère des Armées.
Cillian : Pour commencer, pourriez-vous rappeler votre rôle au sein de vos structures respectives ?
Véronique Bonneau : Je suis la commandante Véronique Bonneau, retraitée de l’armée après trente-deux ans de service. Depuis douze ans, je travaille dans le milieu associatif, notamment pour Terre Fraternité Ados.
Sabine Canova : Et moi, je suis Sabine Canova, ancienne militaire également. Je travaille à l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, un établissement public rattaché au ministère des Armées. Notre mission est de soutenir les anciens combattants et leurs familles, et de préserver le devoir de mémoire.
Cillian : Le Bleuet de France est souvent comparé au coquelicot du Commonwealth. Que signifie pour vous le port du bleuet en France, en quoi ces symboles diffèrent-ils, et existe-t-il d’autres emblèmes liés à la Première Guerre mondiale ?
Véronique Bonneau : Le Bleuet est une fleur symbolique née à la fin de la Première Guerre mondiale. Elle représente aujourd’hui à la fois le devoir de mémoire et la reconnaissance envers tous ceux qui se sont engagés — hier comme aujourd’hui.
Sabine Canova : C’est, en quelque sorte, le pendant français du coquelicot porté dans les pays du Commonwealth. Porter le Bleuet signifie : je me souviens, je soutiens, je participe. Les dons récoltés grâce à sa vente sont reversés à la Fondation Bleuet de France pour aider les blessés, les veuves et les orphelins de guerre.
Cillian : Lorsque l’on vit ou étudie à l’étranger, comme nous ici au lycée Vauban, porter le Bleuet le 11 novembre est-il seulement un geste de mémoire ou aussi une manière d’affirmer une part de notre identité française ?
Véronique Bonneau : Porter le Bleuet, c’est d’abord un signe de reconnaissance envers nos soldats, mais aussi une façon d’exprimer notre attachement à la France et à ses valeurs, même loin du territoire national.
Sabine Canova : C’est aussi un symbole universel de respect. Mais il n’y a pas qu’en France que cet reconnaissance de l’engagement a lieu. Nous parlions du coquelicot : nous le portons aussi parfois, par amitié et reconnaissance envers les soldats britanniques et du Commonwealth. Ce n’est pas contradictoire, c’est au contraire un signe d’unité entre ceux qui défendent les mêmes idéaux de liberté et de paix.
Cillian : On observe que le Bleuet est beaucoup moins visible que le coquelicot dans le Commonwealth. Est-il important de préserver et de relancer cette tradition ?
Véronique Bonneau : C’est absolument essentiel. Il faut non seulement perpétuer la tradition, mais aussi la renforcer.
Sabine Canova : Dans le Commonwealth, le coquelicot bénéficie d’une communication très forte : tout le monde le porte, du simple citoyen jusqu’à la famille royale. En France, le Bleuet a parfois été oublié, mais il revient. Le président de la République le porte à nouveau lors des cérémonies du 11 novembre, et de grandes figures publiques s’y associent : Frank Leboeuf, champion du monde 1998, est parrain du Bleuet, et Jean-Jacques Goldman a même offert une chanson à la fondation, sans rien demander en retour. Ce symbole a connu une période de discrétion, un peu comme l’armée elle-même qu’on appelait “la Grande Muette”. Aujourd’hui, l’armée communique davantage, et il faut en faire autant pour le Bleuet. Quand nous étions enfants, on vendait le Bleuet dans les villages, notamment dans la Meuse. Puis cela a disparu. Il faut que cela revienne : parler du Bleuet, le montrer, le transmettre. C’est une manière simple et forte de faire vivre la mémoire collective.
Cillian : Merci beaucoup pour vos réponses et pour cet échange très intéressant.
Véronique Bonneau & Sabine Canova : Merci à vous, et bravo pour votre initiative. C’est important que les jeunes s’intéressent à ces symboles : c’est ainsi que la mémoire continue à vivre.

