3 questions à : François Beaudonnet, rédacteur en chef de la rédaction européenne de France Télévisions

François Beaudonnet est un journaliste français né en 1968. Il est principalement connu pour son travail au sein du groupe France Télévisions, où il s’est imposé comme un spécialiste des questions européennes et internationales. Nous avons pu lui poser 3 questions après sa conférence organisée par le club EPAS (European Parliament Ambassador School)

ALETHEIA : Que pensez-vous aujourd’hui de la diversité de votre parcours ? Et avec du recul, quel serait le conseil que vous pourriez donner à un jeune qui souhaiterait devenir un journaliste ?

Francois Beaudonnet : Mon parcours a été plutôt atypique car je n’ai pas fait d’école de journalisme mais une école de commerce, ensuite j’ai eu une première spécialisation en économie, puis en affaires européennes et maintenant en géopolitique. Cette diversification de parcours m’a permis d’apprendre beaucoup de choses ! Le journalisme étant quand même l’un des rares métiers où on est payé pour apprendre, j’en suis très reconnaissant. Le conseil que je pourrais donner à quelqu’un qui veut devenir journaliste serait de ne pas faire un parcours comme le mien. J’ai eu beaucoup de chance mais c’est une méthode très risquée. Aujourd’hui si l’on veut travailler dans un média national ou non, il est toujours mieux d’étudier dans l’une des 18 écoles de journalisme reconnues par la profession. Faire des stages est aussi une bonne idée pour commencer et se former à la profession dans de grand média comme France Télévision ou Radio France. Pourtant, je pense que ce schéma de formation est un peu dommage car cela créé une sorte d’uniformisation de parcours. Or la diversité est la base du journalisme.

ALETHEIA : En tant que journaliste, comment faites-vous pour distinguer entre le vrai et le faux à l’heure où les fake-news circulent si vite sur les réseaux sociaux ? Et quel autre conseil donnerez-vous à un jeune journaliste pour bien vérifier ces informations avant de les publier ?

Francois Beaudonnet : Avant de publier une information il faut absolument avoir plus de deux sources, autre que sur les réseaux sociaux. Par exemple à France TV, nous utilisons un système de recoupement d’informations grâce à une agence interne appelée France Presse en partenariat avec France Inter. Concrètement, l’agence va vérifier l’information avant de nous la communiquer et de la publier. Malheureusement cela créé un sentiment de retard par rapport aux autres médias. Je pense que c’est un mal pour un bien, il est préférable de prendre des précautions car si on divulgue une information erronée, il faut ensuite revenir dessus et s’excuser. Dans le cas contraire la confiance avec le public est rompue.

ALETHEIA : Avec cette montée des nationalismes et ces fractures, l’Europe va-t-elle, selon vous, réussir à rester soudée ou risque-t-elle au contraire d’être fragmentée davantage ? Et dans ce contexte, faut-il continuer à intégrer de nouveaux pays comme les Balkans ?

Francois Beaudonnet : L’Europe s’est construite lors de crises, et à chaque fois elle s’en est sortie, la plupart du temps en s’améliorant et c’est sûrement ce qui va se produire aujourd’hui. Mais la montée du nationalisme est assez nouvelle et est devenue une menace interne plutôt qu’externe, celle ci est plus difficile à combattre. Je trouve que c’est en quelque sorte une forme de maladie à l’intérieur du corps européen. Est-ce qu’il va y avoir un sursaut ? C’est possible. On le voit par exemple en Pologne, le nationalisme grandissait peu à peu puis ils ont élu un premier ministre de l’autre bord en contrepoids. Cependant, le nationalisme ne reste jamais très loin et c’est une tendance forte. J’aimerais être optimiste, pourtant je ne le suis pas forcément. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, avec la guerre au Moyen-Orient, la guerre en Ukraine qui se poursuit et les États-Unis qui ne sont plus nos alliés, nous n’arriverons pas à faire corps. En tout cas, c’est une occasion en or pour que l’Union européenne se resserre. Par exemple pour la défense européenne où tous les pays sont en train de se réarmer, on aurait pu penser que les pays européens allaient le faire ensemble. Pourtant, c’est l’inverse qui se produit : comme chaque État dispose désormais de budgets plus importants, la coopération passe au second plan. Selon des sources du secteur de la défense, au lieu de s’allier avec leurs voisins, les pays préfèrent désormais faire cavalier seul. C’est un signal plutôt inquiétant pour l’unité européenne.

Photographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/François_Beaudonnet