
Le 8 décembre 2025 s‘est déroulée la finale du concours d’éloquence « Je porte donc je pense », organisé par la fondation Victor Hugo. Ce projet prestigieux s’est réalisé en partenariat avec l’organisation Fairtrade Lëtzebuerg, l’Institut Français et le Ministère des Affaires Étrangères Luxembourgeois (MAE). Le jury était présidé par Monsieur l’Ambassadeur de France, Christophe Bouchard, ainsi que de représentants de l’Institut Français, du MAE et de la fondation Victor Hugo.
Ouvert à tous les établissements luxembourgeois, ce concours proposait, cette année, de réfléchir à des thématiques autour du développement durable et surtout autour de la fast-fashion dans le cadre de la campagne « Rethink your clothes », financée par le MAE. Les dix élèves de Vauban – accompagnés par leurs professeures de lettres, Anne Severac et Corinne Schimek – avaient choisi de travailler sur la question « Le lointain nous rend-il moralement indifférents? », et deux d’entre-eux ont représenté l’établissement à la finale où ils ont fait face aux lauréats de six autres lycées luxembourgeois.
Liah et Victor, les deux lycéens de Vauban on partagé quelques mots par rapport à leurs impressions lors de ce projet.
Amelie W. : Qu’est-ce qui vous a poussé à participer à ce concours ?
Victor M. : Si on peut être honnête, je dirais que dans un premier temps c’était pour avoir un bon dossier sur ParcourSup. En plus ça avait l’air intéressant, et j’ai appris par la suite qu’il y avait une formation d’éloquence, ce qui m’a encore attiré d’avantage.
Liah J. : J’ai toujours voulu faire un concours d’éloquence, et là avec le thème portant sur la fast-fashion j’ai tout de suite été attirée, et je suis très contente d’avoir participé.
Amelie W. : Durant ces formations justement, qui ont été menées par l’association Eloquentia, vous avez choisi – ensemble avec le groupe d’élèves participants – de répondre à la question « le lointain nous rend-il moralement indifférents? ». Pourquoi avez-vous préféré cette question par rapport aux autres propositions ?
Victor M. : Je pense qu’on a choisi celle-là parce qu’elle était plus philosophique, et qu’on pouvait vraiment dire beaucoup de choses à ce sujet en dix minutes. Les autres questions demandaient souvent une réponse plus simple, alors que ce n’était pas le cas ici, donc ça nous a permis d’être plus original dans nos réponses.
Liah J. : Ce que j’ai beaucoup aimé aussi c’est que cette question s’inscrit dans des domaines tellement variés. En ce moment par exemple, on étudie le chapitre sur la guerre en HGGSP, et on réalise que quand il y a une guerre à l’autre bout du monde, on est peut-être un peu compatissant au début, mais c’est tout. Alors que si la guerre est à notre porte, on est bouleversés tout de suite. Cette question m’a fait réaliser que justement le lointain nous rend moralement indifférent, et je le remarque tous les jours, que ce soit avec la fast-fashion, la guerre ou le changement climatique, ça reste très actuel.
Amelie W. : Vous avez déjà parlé un peu des ateliers avec Eloquentia, qu’est-ce que vous avez le plus apprécié ? Et est-ce que vous avez des conseils à l’issue des ateliers pour des personnes qui auraient du mal à s’exprimer devant une foule par exemple ?
Liah J. : Mon rêve, c’est de travailler dans la diplomatie, et en tant que personne qui parle de manière très spontanée, j’ai toujours cru que je n’arriverais pas à bien argumenter ou m’exprimer à l’oral, donc j’ai beaucoup aimé que Sarah, la formatrice d’Eloquentia, nous donne confiance en nous. Elle nous a fait réaliser que ce qui donne aux gens envie de nous écouter, c’est la manière dont on parle, et que la prise de parole pouvait devenir quelque chose de personnel.
Victor M. : Moi ça m’a permis de me rendre compte que, surtout quand on prend la parole, quand on commence à parler, c’est notre moment. Même si on doute de soi, les autres ne le perçoivent pas et une fois qu’on a compris ça, cela devient vraiment amusant.
Amelie W. : Pour revenir au concours, le jour de la finale, le 8 décembre, vous étiez le sixième groupe à passer, donc vous avez dû passer un petit moment en coulisse. Quelles émotions vous ont traversés dans ces moments-là ?
Liah J .: Personnellement je ne sentais pas tant le stress, parce qu’on était à deux. Si j’avais été seule je pense que j’aurais été pétrifiée mais ça me rassurait de le faire avec Victor parce qu’on était à deux dans cette situation. Et puis j’ai encore pensé à Sarah qui nous disait qu’on a fait tout ce travail pour profiter du moment, donc je voulais vraiment m’amuser pendant ces dix minutes.
Victor M. : Pour ma part j’étais quand même relativement stressé en arrivant et en voyant tous les autres groupes, mais après toute notre préparation on connaissait le texte sur le bout des doigts, donc on était bien préparés. Sur le moment, on a essayé de s’isoler des autres candidats autour pour ne pas les entendre parler de leur victoire assurée par exemple, et pour rester concentré.
Amelie W. : Et est-ce que vous croyiez à une victoire?
Victor M.: On est quand même resté dans le doute jusqu’à la fin, et même une fois que les résultats avaient été annoncés il m’a fallu un moment pour le réaliser.
Liah J. : Quand on avait fini, on pouvait encore écouter deux autres discours, et j’étais très surprise de voir qu’on n’avait pas travaillé de la même manière, ce qui donnait presque l’impression qu’on avait suivi des formations différentes. Par la singularité de notre discours, j’avais confiance en ce qu’on avait fait. Mais c’est vrai qu’on ne le savait pas jusqu’à la dernière seconde. J’ai pensé qu’on serait deuxièmes, parce qu’il y avait un groupe qui était vraiment très bon, mais c’était une bonne surprise d’entendre que notre discours avait convaincu le jury.
Amelie W. : Ce discours vous l’avez écrit à deux, ce qui peut paraître presque anormal, mais amène sans doute aussi des difficultés. Quels défis vous ont été posés lors de la préparation du texte ?
Liah J. : Le fait qu’avec Victor on a des manières de travailler, de prendre la parole et de capter le public très différentes était un peu compliqué, et j’ai eu un peu de mal à m’adapter au début, mais j’ai réalisé que c’est ça aussi qui a fait que notre discours était original.
Victor M. : Ce qui était dur aussi, c’est qu’on avait été sélectionnés chacun pour un discours et le fait de mêler deux points de vue a été difficile. On devait prendre le meilleur des deux, et il me semble que ça a plutôt bien marché, après plusieurs essais bien sûr.
Amelie W. : Le jour de la finale, à l’Abbaye de Neumünster, vous avez fait face à un grand public. Est-ce que vous voyiez des réactions qui vous ont marquées, ou est-ce qu’il y a des interactions avec le public qui vous ont particulièrement touchés ? Liah, je pense notamment à la fin du discours, où tu poses une question au public et il y a une réponse assez forte, ce qui n’était pas le cas pendant les répétitions par exemple.
Liah J. : Oui, je ne m’y attendais pas du tout, mais cela a été très agréable. Sinon j’étais un peu dans ma bulle, et c’était bien de voir les personnes qui étaient venues nous soutenir mais je n’y ai pas vraiment fait attention au reste.
Victor M.: Pendant notre prestation, j’ai essayé de suivre les réactions du jury, mais il était très divisé avec des membres qui étaient très transparents dans leurs émotions qu’ils transmettaient, mais il y en avait aussi qui étaient comme des murs, qui ne laissaient rien passer. Aussi, il y a un moment où tout le monde a rigolé et c’est très rassurant comme réaction.
Liah J.: Personnellement j’ai complètement oublié le jury, je me suis adressée au public jusqu’à 2 minutes avant la fin environ quand je me suis souvenu que je ne les avais pas regardé dans les yeux une seule fois et donc c’est là que j’ai vu aussi ces réactions du jury à la fin.
Amelie W. : En guise de conclusion, est-ce que ce concours vous a donné envie de continuer dans une voie d’éloquence, de politique ou dans l’industrie textile ?
Victor M.: Moi, ça m’a rassuré dans la voie que je voudrais prendre car je voudrais devenir commissaire-priseur, et il faut quand même avoir une certaine présence sur scène lors de ventes aux enchères. Je me suis rendu compte que ça ne me gênait pas du tout de m’adresser à un public, ce qui m’a vraiment rassuré.
Liah J.: J’ai réalisé qu’à chaque fois que je prenais la parole, ça me donnait de la force mais en même temps pour ce concours, notre discours ne faisait que constater et accuser. On racontait au jury et au public les problèmes liés à l’industrie textile mais on ne donnait pas de solutions. Ça m’a d’abord un peu frustré mais en même temps, cela m’a donné envie de trouver des solutions à des problèmes, par la parole et aussi de convaincre les autres par ma voix dans le futur.
Nos deux élèves en terminale ont donc remporté le grand prix : un voyage d’études en Inde pour découvrir le processus de fabrication du coton fairtrade et l’industrie du textile durable de près. À travers cette expérience, ils deviendront de véritables ambassadeurs d’un monde plus durable.

