
Retour sur les manifestations, menées par la jeunesse et organisées par des collectifs comme le « GenZ 212 » et via des réseaux sociaux comme Discord qui ont débuté le 27 septembre 2025 dans les villes de Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir ou Tanger. Elles traduisent un mécontentement face à la situation économique générale : chômage, corruption, népotisme* du Premier Ministre Aziz Akhannouch. Les manifestants revendiquent une meilleure qualité des systèmes éducatifs et de la santé, critiquant les dépenses importantes de l’Etat en vue de la Coupe du monde de foot 2030 qui se déroulera en partie au Maroc.
Contactés par téléphone, Amine, 17 ans, et Sélia, 16 ans, deux adolescents proches de la famille d’une jeune journaliste du webjournal, ont accepté de répondre à ses questions. Leurs réponses ont été traduites par son grand-père.
ALETHEIA : Connaissez-vous les causes des manifestations ?
Amine : D’après ce que j’ai pu comprendre, c’est surtout lié aux difficultés économiques : la vie devient plus chère, beaucoup de familles galèrent, et les jeunes ont l’impression que l’avenir est bloqué. Chez moi, on en parle souvent, donc je comprends un peu ce qui pousse les gens à sortir dans la rue.
Sélia : Oui, un peu. À la maison, mes parents parlent souvent des difficultés que beaucoup de familles rencontrent. Ils disent que les jeunes manquent de perspectives et que le quotidien devient lourd pour beaucoup de gens. Donc je comprends pourquoi certains ont décidé de manifester.
ALETHEIA : Est ce que vous ressentez ces causes dans ta vie quotidienne ?
Amine : Oui, clairement. Même si je suis encore au lycée, je vois bien que tout coûte plus cher qu’avant. Mes parents doivent faire plus attention, et ça crée une pression à la maison. Et puis, quand je pense à ce que je ferai après le bac, ça me stresse : j’ai peur de ne pas trouver ma place.
Sélia : Oui. Même en étant lycéenne, je vois bien que tout devient plus compliqué : les dépenses, les transports, même les fournitures scolaires parfois. À l’école, on parle souvent du futur, et beaucoup de mes amis ont peur de ne pas pouvoir réaliser ce qu’ils souhaitent. On sent une sorte d’incertitude partout.
ALETHEIA : Avez-vous participé ou connaissez-vous quelqu’un qui l’a fait ?
Sélia : Je n’y suis pas allée, mais la grande sœur de ma meilleure amie y a participé. Le soir, elle rentrait fatiguée et un peu bousculée par ce qu’elle avait vu. Ma meilleure amie était morte d’inquiétude pour elle. Ça montre à quel point l’ambiance était tendue.
Amine : Moi, non. Mes parents ne m’auraient jamais laissé y aller. Mais je connais deux garçons de mon quartier qui y ont participé. Pour eux, c’était une manière de dire qu’ils en avaient assez. Ils m’ont raconté que c’était très intense, même s’ils voulaient juste manifester pacifiquement.
ALETHEIA : Pensez-vous que ça peut apporter un changement ?
Amine: Je pense que oui, au moins sur le long terme. Les manifestations montrent que les gens n’acceptent plus de rester silencieux. Même si tout ne changera pas du jour au lendemain, ça peut pousser à améliorer certaines choses, surtout pour les jeunes.
Sélia: J’espère. Peut-être pas un changement immédiat, mais au moins une prise de conscience. Quand tant de gens expriment leur malaise, ça devrait pousser les responsables à écouter. Je pense que ça peut ouvrir des discussions importantes.
ALETHEIA : Quelle a été ta réaction face aux arrestations ?
Amine : Ça m’a franchement fait peur. Apprendre que des jeunes ont été arrêtés m’a choqué, parce que ça aurait pu arriver à quelqu’un que je connais. Je pense que tant que les gens ne sont pas violents, ils devraient avoir le droit de s’exprimer sans risquer ça.
Sélia : Ça me rend triste et inquiète. Je n’aime pas l’idée que des jeunes soient arrêtés alors qu’ils veulent juste exprimer leurs difficultés. Je pense qu’on devrait privilégier le dialogue, essayer de comprendre ce que ressentent les gens plutôt que de les punir. Les arrestations risquent seulement d’augmenter la frustration.
Chiffres-clés Maroc : Salaire moyen est d’environ 4000 dirhams, ce qui fait entre 340 et 400 euros. SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) : autour de 2800 dirhams, donc environ 260 euros. PIB estimé autour de 178 B de dollars. Taux de chômage général : 13%. Chômage des jeunes : 38,4%. Sources : Taux de chômage au Maroc
*Népotisme : Abus qu’une personne en place fait de son influence en faveur de sa famille, de ses amis. (Dico Le Robert)
Sasha G. et Keira B.
