The Sense of an Ending – Julian Barnes

Le roman de Julian Barnes intitulé The Sense of an Ending* est une rare gemme de la littérature moderne anglaise, qui est passé sous le radar de lecteurs amateurs. Ce roman bref qui ne dépasse point les 160 pages est écrit avec un plume légère qui, avec une histoire passionnante, entraîne le lecteur dans une lecture addictive.

Tony Webster et sa clique ont rencontré Adrian Finn pour la première fois à l’école. Avides de sexe et de livres, ils naviguaient ensemble, dans leurs dernières années, de lycée sans filles, échangeant des blagues, des rumeurs et des mots d‘esprit. Peut-être qu’Adrian était un peu plus sérieux que les autres, certainement plus intelligent, mais ils ont tous juré de rester amis pour la vie. Maintenant, Tony est à la retraite. Il a eu une carrière, un seul mariage et un divorce calme. Il n’a certainement jamais essayé de blesser qui que ce soit. La mémoire, cependant, est imparfaite et peut emporter de surprises des surprises. L’arrivée inattendue d’une lettre d’un avocat est sur le point de le prouver. 

Tony Webster est un protagoniste anodin. Même s’il n’est donc pas la personne la plus passionnante, il est accessible, et l’on peut s’identifier à ce qu’il pense et à comment il vit sa vie. Julian Barnes obtient donc avec ce personnage presque ennuyeux le même résultat qu’avec un héros, soit l’affection du lecteur.

Tony narre, dans le roman, sa propre jeunesse, alors qu’il a la mémoire fautive. Julian Barnes montre un certain point de vue d’une personne à la mémoire défaillante. Dans le cas de Tony Webster, celle-ci l’aide à vivre son quotidien, puisque les souvenirs qui lui manquent sont ceux qui peuvent le détruire. Cette mémoire manquante est le point central de l’histoire. En effet, le personnage principal restera dans l’incompréhension tout au long de l’histoire et jusqu’aux dernières pages, tout comme le lecteur qui suit son point de vue. Tony va être forcé à revisiter sa jeunesse, surtout concernant son ami Adrian, afin de résoudre l’intrigue du livre.

Julian Barnes nous invite donc à une réflexion sur nous-même, puisque comme son protagoniste, chaque personne, y compris le lecteur, pourrait avoir cette mémoire sélective qui, en nous protégeant, influence notre vie. Le livre porte sur les histoires qu’on se raconte à soi-même, qui évidemment sont biaisées et qui peuvent virer au mensonge. Ce sont pourtant ces histoires-là que nous écoutons le plus. Ce sont aussi ces histoires qui nous influencent, et qui nous manipulent malgré nous. De façon presque provocante l’auteur nous montre nos défauts en suggérant que chacun d’entre nous peut être un  «Tony» qui ne saisit pas sa propre incompréhension à cause des mensonges qu’il se raconte.

Le style d’écriture de Julian Barnes est très léger. La preuve est que malgré les thématiques complexes abordées, la lecture reste agréable et rapide. De plus, il est possible de remarquer des traits camusiens dans la manière dont le personnage principal est déconnecté de la réalité. Cela se voit dans la critique implicite du personnage principal de la part de l’auteur. Tout comme les protagonistes de Camus, Tony est un personnage qui suscite plusieurs émotions contradictoires. De plus, le lecteur a du mal à comprendre les actions du personnage principal, ce qui peut à certaines occasions susciter l’irritation. L’auteur montre ainsi aux lecteurs les défauts du comportement de son protagoniste, et donne des leçons de vies à ceux-ci.

L’auteur finit en faisant l’éloge de la littérature en montrant que la fiction est partout. En effet le roman révèle que tout le monde se crée ses propres histoires dans sa pensée, sans même s’en rendre compte. Julian Barnes dévoile ainsi que chaque personne est un auteur, chaque individu s’imagine des faits qui ne sont pas forcément véridiques. On retrouve donc dans le roman une mise en abîme qui ouvre sur une grande question : Le rapport à la vérité peut-il être objectif ?

*Titre français : Une fille, qui danse