
Le 1er novembre 2024, l’auvent de la gare de Novi Sad, une ville au nord de la capitale de la Serbie, s’effondre, faisant 16 morts. De grandes manifestations pour dénoncer la négligence de l’État vis-à-vis de la sécurité publique, ont lieu depuis cette date. Parmi ces manifestants, Zita D., scolarisée durant l’année scolaire 2024-2025 au « cinquième lycée » de Belgrade, dont la directrice est partisane du gouvernement. Elle, qui a, avec ses professeurs, occupé son lycée, menacé de fermeture, a accepté de répondre par messages à nos questions.
Anna : À quelle fréquence allez-vous manifester ?
Zita : Tous les jours, les élèves du Lycée V du centre-ville de Belgrade participent aux 16 minutes de silence symbolique qui sont observées sur les grands ronds-points ou bien encore dans la rue devant notre lycée. De plus, nous avons participé à toutes les manifestations majeures organisées par les étudiants ou lycéens y compris des celles à vélo ou marches à pied d’une ville à l’autre (de Belgrade à Novi Sad, 80 km).
Anna : Êtes-vous satisfaite des résultats depuis le début des manifestations ?
Zita : Non, parce qu’à l’heure actuelle, d’une part, personne du gouvernement n’a encore été puni. On manifeste contre la corruption de l’Etat qui néglige, entre autres, par le biais du financement des travaux des bâtiments publics, la sécurité des citoyens ainsi que l’éducation. D’autre part, beaucoup d’étudiants et lycéens ont été malmenés par les forces de l’ordre avec notamment l’utilisation de canons à sons.
Anna : Comment avez-vous, avec vos camarades, organisé le blocage du lycée pour parvenir à y manger et y dormir ?
Zita : Nous nous étions organisés par roulement, les élèves faisaient office d’agents de sécurité à l’entrée du lycée, nous nous occupions du respect de l’hygiène dans le bâtiment, une salle de classe servait de cantine et un étage entier était devenu notre dortoir. Nous avons bénéficié d’un soutien important des autres écoles bloquées ainsi que de la part des parents et citoyens qui nous apportaient de la nourriture, des matelas et d’autres choses dont nous avions besoin.
Anna : Sur le plan scolaire, avez-vous réussi à rattraper le travail manqué ?
Zita : Il y a eu une extension de l’année scolaire jusqu’à mi-juillet et nous avons réussi à boucler partiellement le programme scolaire, dont certaines parties ont été raccourcies.
Anna : Plus généralement, comment imaginez-vous la Serbie dans un an ?
Zita : Nous espérons tous que les élections parlementaires anticipées auront lieu et que lors de ces élections les étudiants proposeront leur propre liste composée de professeurs d’université et d’experts, et que le processus qui permettra d’obtenir la justice pour ce qu’il s’est passé sera enfin lancé !
Photographie : Zita.D
