
En tant qu’ambassadrice de l’Agence Spatiale Luxembourgeoise (LSA), j’ai pu organiser un évènement sur le thème de l’espace à l’attention des élèves de troisième. A cette occasion, J. Pertuy a accepté de répondre à quelques questions pour ALETHEIA dans l’épisode 2 de cette journée.
Bonjour Madame Pertuy, merci d’être avec nous aujourd’hui. Pour commencer, quel a été votre parcours professionnel et comment êtes-vous arrivée à travailler au Luxembourg dans le domaine spatial ?
Mon parcours professionnel a été plutôt fortuit. Je n’avais pas de vocation spatiale et j’ignorais même les opportunités d’emploi dans ce domaine. Après des études scientifiques et de commerce, j’ai commencé dans la finance au Luxembourg. La communication étant un métier transversal, j’ai ensuite travaillé dans divers secteurs, notamment dans un centre de conférences et un centre de recherche. C’est en voyant une offre d’emploi pour un poste de responsable en communication à l’agence spatiale luxembourgeoise que je me suis dit que c’était fait pour moi. L’aspect technique et scientifique du spatial me passionne, et je suis fascinée par son potentiel. Depuis que j’y suis, je suis émerveillée par les avancées quotidiennes et la contribution concrète du spatial à notre vie terrestre. Je travaille à l’agence spatiale luxembourgeoise (LSA) depuis presque quatre ans. Je fais presque partie des plus anciennes maintenant.
Quelles sont les opportunités pour les jeunes passionnés par le domaine spatial au Luxembourg, pour le travail notamment ?
Au Luxembourg, il y a beaucoup d’entreprises et de centres de recherche actifs. Il y a à peu près 80 nouvelles entreprises qui se sont implantées sur ces cinq dernières années. Les entreprises cherchent des jeunes qui sont motivés et qui ont du talent pour travailler dans le secteur. Concernant les opportunités de carrière dans le spatial, on pense tout de suite aux astronautes, mais il y bien plus de personnes qui y travaillent que ce que l’on pourrait imaginer.
Pour chaque mission spatiale, il y a beaucoup plus de personnes sur Terre que dans l’espace, n’est-ce pas ?
Exactement, beaucoup de gens sont là en soutien des missions des astronautes bien sûr, mais certains développent aussi des services commerciaux dans le spatial. Beaucoup de métiers s’appliquent au secteur du spatial comme celui d’ingénieur, de diététicien, de médecin, d’avocats ou des métiers de la communication. Il y a plein d’opportunités, et il y en aura, je pense, encore plus à l’avenir. Ce qui est important, c’est d’aller vers quelque chose qui vous intéresse et de voir s’il y a des passerelles avec le spatial, puis de faire des stages ou d’aller sur des événements pour en apprendre plus, se connecter aux gens qui travaillent déjà dans le domaine. Ce sont tous des gens très sympas qui sont souvent prêts à aider, donc il ne faut pas hésiter à s’en rapprocher.
Vous avez mentionné des événements auxquels on peut participer en tant que jeune. Avez-vous des exemples ? Personnellement, j’ai connu le concours Astronaut For A Day, c’était génial. Y a-t-il d’autres conférences, initiatives que vous proposez ?
Au Luxembourg, de nombreuses activités sont organisées pour les jeunes intéressés par le spatial, notamment par Esero ou des événements comme le Researchers Day, le Science Festival, des stages et des programmes de summer schools. L’agence spatiale luxembourgeoise s’investit fortement dans le développement des talents pour le secteur spatial, vous pouvez également consulter notre site internet. Pour un peu plus tard, des opportunités de stage sont proposées dans l’agence spatiale européenne (ESA).
En ce qui concerne la recherche, le Luxembourg se concentre sur l’utilisation des ressources spatiales, comme celles trouvées sur la Lune ou les astéroïdes, pour les missions spatiales. Le but est de créer des bases permanentes sur la Lune et d’utiliser les ressources locales pour produire de l’oxygène, de l’eau et du carburant. L’ESRIC (European Space Resources Innovation Center) est le principal centre de recherche sur les ressources spatiales au Luxembourg.
Le Luxembourg soutient également les projets commerciaux liés à l’espace. Par exemple, la société iSpace, basée au Japon, a implanté sa branche européenne au Luxembourg et a développé un rover lunaire, c’est-à-dire un véhicule d’exploration conçu pour se déplacer sur le sol lunaire qui sera destiné à la recherche de ressources. Ce rover, entièrement conçu et construit au Luxembourg, sera lancé fin 2023 pour atteindre la Lune l’année prochaine. Il s’agira du premier rover luxembourgeois et européen sur la Lune.
Une autre société, Flawless Photonics, a produit de la fibre optique en microgravité sur la Station spatiale internationale (ISS). Cette fibre optique, plus pure que celle produite sur Terre, permet de transférer de plus grands volumes de données. Flawless Photonics a produit 12 km de fibre optique sur l’ISS, une prouesse technologique unique.
Depuis combien de temps ces entreprises sont-elles implantées au Luxembourg ?
iSpace est une des premières entreprises à s’être établie dans le secteur spatial, il y a environ cinq ans. Flawless Photonics est une entreprise plus récente, qui existe seulement depuis deux ou trois ans.
Ces entreprises sont donc relativement nouvelles au Luxembourg en comparant aux projets spatiaux qui nécessitent souvent de nombreuses recherches et développements. Donc, à l’échelle du spatial, ça va vite.
Que fait concrètement une agence spatiale pour les entreprises et concernant les projets ?
C’est une bonne question ! Il existe différents types d’agences spatiales. La plupart des agences, comme le CNES français, le DLR allemand ou même la NASA, ont leurs propres chercheurs et projets de recherche spatiale en interne. Au Luxembourg, nous n’avons pas de chercheurs et de projets propres. Notre mission principale est de développer le secteur économique spatial. Nous choisissons donc de financer des projets de recherche menés par des entreprises privées. Les chercheurs et les projets se trouvent donc dans ces entreprises commerciales, et nous les finançons si nous estimons que le projet a un potentiel commercial intéressant.
En plus de cela, nous avons d’autres missions, comme représenter le Luxembourg au sein des institutions européennes et internationales, notamment à l’Agence spatiale européenne (ESA). Nous nous assurons également que le cadre de travail est favorable aux entreprises, notamment en attirant des talents et en informant investisseurs sur les entreprises spatiales luxembourgeoises et leurs activités.
En résumé, nous faisons beaucoup de choses, mais notre mission principale est surtout de développer le secteur économique spatial luxembourgeois.
Y a-t-il autre chose que vous voudriez rajouter pour nous aider à mieux connaître le secteur d’activités du spatial ?
C’est vrai que l’on ne réalise pas toujours l’impact du spatial sur nos vies terrestres. On pense souvent à la Lune, aux voyages dans l’espace, mais on oublie souvent que des satellites gravitent autour de la Terre, nous permettant d’être connectés, mais aussi de collecter des données précieuses. Ces données servent à divers domaines, comme l’agriculture, en permettant de surveiller les cultures et d’optimiser l’utilisation de l’eau et des engrais. On utilise également ces données pour la santé, avec des perspectives de développement de médicaments dans l’espace. Il y a beaucoup de projets et de recherches en cours, et on n’en entend pas beaucoup parler. On pourrait croire que c’est de la science-fiction, mais c’est beaucoup plus réel et accessible qu’on ne le pense. Le message que j’aurais à donner est qu’il faut être curieux et s’y intéresser, car le domaine spatial est en constante évolution et aura un impact majeur sur nos vies !
