Le roman de Nathacha Appanah, Le ciel par-dessus le toit fait partie de la sélection du Prix Vauban 2024. À l’occasion de sa venue au lycée Vauban pour rencontrer les élèves, Nathacha Appanah a accordé une interview à ALETHEIA.

Vous avez débuté votre carrière en tant que journaliste, comment en êtes-vous venue à vous tourner vers l’écriture ? « C’est une question intéressante parce qu’en réalité, j’ai commencé par l’écriture. J’ai commencé à écrire des petites histoires qui pourraient être catégorisées comme étant des nouvelles à l’âge de 13-14 ans. L’écriture, c’était quelque chose qui existait déjà dans ma vie même si je ne publiais pas. Je crois que c’est intéressant de dire que ce n’est pas parce qu’on ne publie pas que nous ne nous sentons pas auteur de quelque chose. Pendant très longtemps, j’ai écrit pour moi, avec l’espoir de publier mais je n’arrivais pas à aller au bout d’une histoire. J’ai aussi choisi le journalisme parce que je suis très curieuse de la société, de comment les gens vivent, de ce qui se passe. Je trouvais qu’à un moment donné, cela me permettrait d’exercer de manière quotidienne l’écriture même si elle est différente. »
Continuez-vous à écrire des articles de presse ? « Je continue de manière un petit peu plus sporadique. J’ai écrit un long papier pour l’hebdomadaire Le 1 qui a été récemment publié*. Sinon, il m’arrive de faire de longs reportages. D’une manière ou d’une autre, la majorité de mon temps reste consacrée à l’écriture. »
Quel rapport entretenez-vous avec l’écriture ? « Je réfléchis assez peu à mon rapport à l’écriture. J’essaie de ne pas trop le psychologiser. Cela fait vingt ans que je publie et encore plus longtemps que j’écris. Je dirais peut-être que j’ai un lien intime avec l’écriture. J’aimerais avoir un lien plus quotidien avec l’écriture car je suis de ces écrivains qui n’écrivent pas tous les jours. Par exemple, aujourd’hui je n’ai pas écrit. Bon, j’avoue, j’ai un peu travaillé dans le train en venant ici. Je sais qu’il y a des écrivains qui écrivent tous les jours, quelque soit le temps, quelque soit le jour. Pour moi, il faut vraiment que ça devienne nécessaire mais j’ai toujours des idées, je travaille toujours sur un prochain projet. C’est comme ça que je fonctionne, j’y pense tout le temps. Pendant longtemps, quand on me demandait : « Quel est votre travail ? », « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? », je disais : « Journaliste ». Après, quand j’ai commencé à publier et que l’écriture prenait de plus en plus de place, je disais cette phrase étrange que j’arrive encore à utiliser : « J’écris des livres ». Je n’arrivais pas à dire « Je suis écrivain ». Je pense aussi que je fais cela parce qu’il y a eu une période où je n’ai pas écrit. C’est une période qui a été difficile pour moi et comme souvent quand les choses sont difficiles, on a peur qu’elles se reproduisent. »
Vous avez intitulé votre roman « Le ciel par-dessus le toit » d’après un poème de Verlaine écrit pendant son emprisonnement. Fait-il partie de vos auteurs préférés ? Pouvez-vous m’en citer un autre ? « C’est difficile de n’en nommer qu’un seul. J’aime beaucoup Albert Camus, Philip Roth, Joan Didion et Maggie O’Farrell. Je lis énormément et je ne lis pas que des classiques. Je lis beaucoup de contemporains, de nouvelle littérature. Voyez, j’ai un grand sac là qui ressemble à un cabas de marché. C’est parce que j’ai mon ordinateur, deux livres, un carnet et les deux livres sont récents. Je pense mon travail comme étant quelque chose du présent. Je ne pense pas mon travail comme étant du passé ou du futur. Comme c’est le présent, pour moi c’est maintenant, c’est comme quelque chose que je suis en train de pétrir, là, maintenant. Et je lis aussi ce que mes camarades écrivent. On sort d’une journée de rencontres d’élèves avec Xavier Le Clerc et je l’ai lu parce que cela m’intéresse. Je découvre comme cela de nouveaux auteurs et c’est très agréable.
Vos livres traitent souvent de la famille. Comment expliquez-vous ce choix ? La famille a-t-elle une place importante dans votre vie ? « Je ne dirais pas que mes romans traitent de la famille. Je dirais que mes romans traitent souvent des relations entre des personnes. Parfois c’est au sein d’une même famille mais parfois non, pas forcément. Pourquoi, je ne saurais vous dire. Parce que je trouve qu’au sein des relations humaines se nouent parfois tant de choses. C’est une sorte de microscope de ce qu’il se passe dans le monde, de la manière dont on traite son prochain, la manière dont on aime, la manière dont on se déteste et la manière dont on se quitte. »
Avez-vous un roman en cours d’écriture ? « Oui, j’ai un livre en cours d’écriture mais je n’ai pas encore trouvé le bon chemin, j’essaie encore de le trouver. Je ne peux pas en dire davantage.»
Quels conseils de lecture donneriez-vous à des lycéens ? « Je vous donne les conseils que je donne à ma fille, qui est en seconde. Je lui ai conseillé récemment L’attrape-cœur de Salinger. Comme elle est très intéressée par les conflits, je lui ai aussi parlé de La mort est mon métier de Robert Merle et Les choses humaines de Karine Tuil. Sinon en classiques, il y a L’étranger de Camus, Une saison blanche et sèche d’André Brink et Incendies de Wajdi Mouawad. Il y a aussi Rupi Kaur, son recueil de poésie s’appelle Lait et miel et c’est très beau. »

Photo : Carla R.
