Du 3 mars au 15 octobre 2023, le Mudam expose « Pleasure and Pollinator », une exposition de l’artiste Tourmaline mettant en lumière les figures emblématiques du mouvement LGBTQ+.

Mudam, Luxembourg, Victoria Carré
Tourmaline est une artiste transgenre, écrivaine et militante en faveur de la communauté LGBTQ+. Elle se fait connaître par ses multiples engagements dans un contexte à la fois politique, mais également artistique. L’artiste propose ici sa première exposition monographique: « Pleasure and Pollinator » au sein d’une institution européenne en 2022. Aujourd’hui, elle est exposée au Mudam, le musée de l’art moderne de Luxembourg. L’exposition ne se compose que de cinq œuvres. A travers ses quatre photographies à échelle monumentale ainsi que sa vidéo-montage, elle met en lumière les figures emblématiques passées et actuelles de la culture queer. Un véritable hommage à tous ceux et celles menant un combat de l’égalité de genre, sexe et orientation sexuelle.
L’exposition se déroule en deux temps. D’une part, lorsque le spectateur rentre dans la salle, il est confronté à quatre photographies dans lesquelles le portrait de l’artiste apparaît, marouflées sur les murs. Trois d’entres elles sont exposées devant les dispositifs de monstration. Cette scénographie permet au spectateur d’observer les oeuvres sous un angle différent. Ils peuvent être interprétés de façon à ce que la différence ne devrait pas être motif de hiérarchie sociale, d’inégalités. La quatrième photographie monumentale, située au fond de la salle, est un choix stratégique de l’artiste puisqu’elle est la seule démontrant une expression faciale. Dans l’ensemble, toutes les photographies sont en noir et blanc. Tourmaline se représente au milieu de la nature, vêtue de matériaux industriels. L’artiste casse les préjugés tels que « être lgbt n’est pas naturel ».
Les photographies à technique mixte ont été réalisées au jardin Botanique de Brooklyn, un ancrage symbolique dans l’histoire de la communauté LGBTQ+. En 1969, durant la nuit du 27 au 28 juin, le mouvement Stonewall éclate dans le quartier de Greenwitch Village à New York. Alors que les forces de l’ordre interviennent, les clients du Stonewall Inn, l’un des rares bars gay de New York, se révoltent afin d’acquérir l’égalité. Ce qui donne lieu à la première pride de l’histoire, un an plus tard en 1970, toujours à New York. De ce fait, de plus en plus de militants reprennent ce mouvement : l’Allemagne et le Royaume-Uni en 1972, en France en 1977… Ces évènements prennent place surtout grâce aux figures pionnières du mouvement LGBTQ+.
L’exposition continue avec une deuxième œuvre , le spectateur descend les escaliers et se retrouve face à un vidéo-montage. On retrouve les mêmes dispositifs de monstration de la salle du dessus. La vidéo alterne les plans en noir et blanc. Ces plans en contraste démontrent la performance artistique de l’artiste, des plans sur la nature vues au préalables sur les quatre photographies. Les autres extraits sont donc en couleur, mettant en lumière des documents d’archives soit les figures emblématiques du mouvement LGBTQ+ dont Marsha P. Johnson, considérée comme la première femme transgenre afro-américaine. Le père de l’artiste est également montré. Non seulement elle leur rend hommage, ces personnages reflètent sans doute un attachement personnel de Tourmaline lui permettant de s’émanciper et devenir la femme qu’elle est devenue. A noter que l’exposition de ce vidéo-montage est projeté dans une salle très sombre. Ce contraste est en opposition avec la salle du dessus embellie de lumière. Cela suppose que les combats passés des initiateurs du mouvement LGBTQ+ sont l’ombre portée de l’émancipation possible pour d’autres aujourd’hui.
Bien que dans certains Etats, la loi promeut l’égalité de tous, l’inégalité sur le plan social entre LGBTQ+ et personnes hétéro/cisgenre demeure encore aujourd’hui. D’où la volonté de Tourmaline d’agir à travers l’art contemporain. A l’échelle mondiale, septante-deux Etats mettent encore en place la peine de mort, peine d’emprisonnement pour les personnes LGBTQ+, ce combat se doit encore être mené.
